Nino Schurter: le champion qui a réinventé le mountain bike

Notre « champion des champions » 2017, tous vélos confondus ? Et pourquoi pas un Suisse dont le nom rime avec Federer. Nino Schurter, 31 ans, champion du monde de cross-country (XC) pour la sixième fois, record absolu. Nino a aussi (et surtout) révolutionné le mountain bike, et un peu à l’image de Peter Sagan, il tient autant de la rock star que du sportif modèle. Décryptage.

1 IL EST « LE » CHAMPION

En 2016, à Rio, il avait enfin décroché l’or olympique. 2017 a été un festival Schurter : champion du monde et vainqueur de la Coupe du monde, premier rider à y réaliser le grand chelem : six manches remportées sur six ! Son duel avec le Français Julien Absalon, précédent maître de la discipline, a tourné court. Ce dernier n’a plus battu Nino un titre en jeu qu’à deux reprises depuis 2009. Le Suisse est aussi lauréat de cinq Coupes du monde depuis 2010, vainqueur de vingt-six manches. Né en 1986, à l’époque des premières compétitions de VTT, Il est bien le plus grand de la jeune histoire de son sport.

2 IL A RÉVOLUTIONNÉ LE MTB

Julien Absalon, le meilleur avant Nino, a peut-être clos une époque où les meilleurs spécialistes de XC étaient d’exceptionnels coureurs de fond, surtout formidables grimpeurs. Les circuits ont changé, sont devenus plus courts et plus techniques, pour le spectacle. Gabarit modeste (1,73m), Schurter excelle dans tous les domaines, est d’une adresse diabolique et est reconnu comme le pilote le plus instinctif du circuit. Et il s’est adapté plus vite que les autres aux technologies des années 2010 : roues de 29 pouces, freins à disques, contrôle électronique des suspensions…

3 IL EST PORTÉ PAR SES PARTENAIRES US

Le mountain bike est né aux États-Unis à la fin des années 70, et l’industrie US a toujours conservé un temps d’avance. Nino roule suisse d’origine US (vélo Scott) et est fidèle à des marques 100% américaines : Sram, Ritchey, Oakley. Ce temps d’avance, les Américains le cultive aussi dans la médiatisation de leurs ambassadeurs, via les réseaux sociaux notamment. Là aussi, Nino est le number one.

4 IL A INVENTÉ LE CROSS COUNTRY FUN

À Tersnaus, dans les Grisons, son village, les Suisses seraient donc des rigolos si on en croit comment le champion du monde « joue » au XC tel un free styler, autant qu’il s’attache à se bâtir le plus beau des palmarès. Les célébrations de ses victoires sont toujours un bonheur, sur la piste et sur le podium.

Lorsqu’il dispute une épreuve en Afrique du Sud, il est le premier à s’éclater en multipliant les whips et autres figures au milieu d’un peloton lancé à vive allure.

Et pour Oakley, son sponsor lunettes, il a aussi tourné une série de vidéos ludiques, dont celle-ci dans les plus beaux paysages de l’Utah.

Avant Nino, le XC était une discipline exigeante, plutôt austère. Il l’a dépoussiérée.

5 IL EST PRO DANS TOUT CE QU’IL FAIT

Comme souvent, les fulgurances de l’artiste cachent un travail de titan. En 2004, aux Gets, en France, Nino était déjà champion du monde juniors. Il côtoie donc le haut niveau depuis ses 18 ans. Il a ensuite pris comme modèle (et conseiller) Thomas Frischknecht, dit Frischi, le champion suisse des années 90, un pur et dur élevé à la discipline des moines cyclistes à l’ancienne. Nino, d’une extrême rigueur, accorde une grande place à la préparation en haute altitude (à skis comme à vélo), passe son temps à la salle à bosser le renforcement musculaire et surveille sa nutrition comme un mannequin de chez Elite. Les images de The Hunt to Glory, série documentaire qui lui a été consacré sont éloquentes. On ne devient pas le king du MTB par hasard.

Photos Scott-sports.

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