L’Étape du Tour J – 80 Domancy et autres petits plaisirs de premiers dénivelés

L’Étape du Tour, la plus iconique des épreuves cyclistes de masse, célèbre en 2018 ses vingt-cinq ans. Sur le tracé musclé de l’Étape 10 du Tour de France, entre Annecy et Le Grand Bornand. Claude, l’un des fondateurs de routeandroots.com (et de L’Étape en 1993), s’est promis, tortue parmi les lièvres, de prendre le départ le 8 juillet et d’aller au bout. Pas gagné. Depuis décembre, il pose de temps en temps son vélo pour raconter.

J – 80. Mercredi 18 avril, pas même 9 heures. Je me regarde monter la cote de Domancy. C’est bien moi qui suis à vélo au-dessus de la vallée de l’Arve, pentes aussi vachardes qu’imprégnées de mémoire. Oui, à 7, 8 km/h, on a le temps de s’observer, même quand le souffle est rauque et les vitrines plus rares que les bovins au milieu de ces tapis de pissenlits. J’ai grand soleil dans le dos, il est déjà passé par dessus le Mont-Blanc. Prémices de l’été, quelques jours à peine après la fin de l’hiver ? Mes gouttes de sueur perlent au bord du casque. Fait chaud.J’observe mon ombre en fait, qui ne va bien entendu pas plus vite que moi. J’ai ouvert ma veste mi-saison, 12° seulement en bas mais là, des bouffées. Je tente de tout contrôler. Le coup de pédale, 30×26, le lieu incite à la modestie ; le rythme cardiaque ; les cuisses qui brûlent gentiment, c’est supportable. Je ne contrôle pas grand chose en fait, surtout pas cet asphalte qui se redresse à chaque virage. Et je m’égare. Je pense à Bernard Hinault, forcément, et à SON mémorable championnat du monde. Le 30 août 1980, par un soleil d’après-midi voilé de l’autre côté, massif des Aravis, lui ne se souciait guère de son ombre. Les ombres, c’était les autres, rincés par vingt tours de circuit, c’est ça ? Vingt fois Domancy. Ah !..J-80. Milieu d’après-midi. Douleurs oubliées, un tel plaisir d’avoir gravi la coriace, et puis Cordon aussi tant que j’y étais, trois jours après Plaine-Joux, tant pis pour l’allure. Hinault oublié, vaut mieux, et puis après tout moi-aussi me suis hissé là-haut, sans craquer. Une seule fois, d’accord. Mais à propos, ne serait-ce pas la Flèche wallonne ce mercredi ? Zapping. Sur l’écran, le dernier kilomètre en live, quelle chance. Et Julian Alaphilippe qui fait se rassoir Valverde, ça c’est fort, dans les derniers mètres. Mâchoires crispées comme celle d’un Blaireau quarante ans plus tôt. Julian dans Huy me ramène à mes digressions matinales au milieu des herbages. Ça se ressemble au fond, Huy et Domancy. Alaphilippe et moi beaucoup moins. Éteindre cette télé, vite. Je reviendrai bientôt dans Domancy, m’y revoir.

Ce n’est plus grand-chose, 80 jours d’ici L’Étape. D’ici le départ d’Annecy à 7 :00 tapantes, et le stress de peut-être ne pas être capable de franchir décemment les Glières en fin de matinée. Plus que 80 jours d’ici le 8 juillet. Trouver le temps de rouler, pas seulement en Haute-Savoie mais partout, avec niaque et discernement afin de progresser là où il faut, gagner au moins 20% de force dans les ascensions pour espérer entrer dans les délais. Du rythme, même sur le plat, même à 30 à l’heure, plus de rando. La distance n’est pas le problème, les heures qu’il y aura à accomplir le 8 juillet non plus. Attaquer les Glières encordé, le col de Romme au piolet, la Colombière en rappel, si.Lundi de Pâques. Olivier m’a prêté son commuter et emmené jusqu’à la tourbière du Peuil, route connue des seuls cyclistes grenoblois, à flanc de Vercors. Quelques pentes comme aux Glières, un vrai dénivelé, 800 +, la neige en haut, un premier gros plaisir au lendemain d’un autre, une heure d’initiation à Zwift. Seul face à l’écran, j’ai réussi à me faire plus mal qu’en groupe et en musique, à la salle. Joli week-end chocolaté. Pas assez pour accompagner une semaine plus tard les groupes très internationaux du Paris Roubaix Challenge. Me suis contenté de regarder là-haut dans le Nord, tout au bout des pavés, au vélodrome. Il y avait du soleil en cette veille de triomphe de Peter Sagan. Des dizaines d’ombres tournoyaient sur le ciment couleur sable de la piste roubaisienne. Un peu plus vite que la mienne dans Domancy.

 

Share