L’Étape du Tour J – 30 La Time Megève Mont Blanc pour être à l’heure. Ou pas.

L’Étape du Tour, la plus iconique des épreuves cyclistes de masse, célèbre en 2018 ses vingt-cinq ans. Sur le tracé musclé de l’Étape 10 du Tour de France, entre Annecy et Le Grand Bornand. Claude, l’un des fondateurs de routeandroots.com (et de L’Étape en 1993), s’est promis, tortue parmi les lièvres, de prendre le départ le 8 juillet et d’aller au bout. Pas gagné. Depuis décembre, il pose de temps en temps son vélo pour raconter.

Si jamais j’arrive au bout de L’Étape du Tour, si je parviens à hisser ma (trop lourde) carcasse le long des dernières pentes du col de la Colombière –une belle vacherie par ce versant nord- je rendrai un hommage appuyé à mon dimanche 3 juin. Le rapport ? Le 3 juin, à J-35, j’ai sacrifié à une juste évaluation des forces en présence sur les routes de Savoie et Haute-Savoie. Cyclosportive Time Megève Mont Blanc, option Piccolo Fondo : 90 kilomètres, 2500 m de D+, quelques hectomètres de plat pas plus, mille deux cent compagnons de route, mon vélo « vintage », merci les chambreurs. Et moi. Mais moi, étais-je une force (ou faiblesse) en présence ?

Comment dire… Pas sûr. On le temps de réfléchir en cinq heures trente de montagne. De passer par tous les états, de la douce euphorie d’une randonnée trapue de début d’été à la déprime d’une ascension d’un col des Saisies qui n’en finit pas, en plein cagnard. C’est drôle, j’étais déjà passé là déjà, à vélo, il y a un paquet d’années. Je ne me souvenais pas d’une telle difficulté. Plus les mêmes jambes, ce doit être ça.

Ce qu’il y a de bien pourtant dans ces rassemblements de masse comme la Time, c’est la convivialité du moment. Aller chercher son dossard la veille et croiser des têtes connues. Le matin au départ, retrouver sur la ligne et sur leur vélo Paul Belmondo et Alain Prost, ça fait une paie, qui étaient de la première Étape du Tour il y a vingt-cinq ans. Eux-aussi. Découvrir plus de filles à vélo que par le passé (dont la belle équipe de Elles Font du vélo), signe que la roue tourne, même si pas assez vite. Et puis être encouragé tout au long de la route par tous ceux qui roulent, parfois pas beaucoup plus vite que soi. Tenez, même le saucisson du ravitaillement des Saisies m’a fait chaud au cœur rien qu’à le regarder.

La Time Megève Mont Blanc a ceci d’agréable que les quatre boucles proposées (le Piccolo Fondo m’allait très bien) se croisent et se rejoignent dans le Beaufortin, extrême sud du parcours. Du coup, dès qu’on traîne un peu, on est rejoint par des costauds qui vous ont déjà mis la misère trois heures plus tôt dès les premiers lacets, au-dessus de Flumet. Ils vont toujours aussi vite à l’heure du déjeuner qu’à celle d’un premier café matinal, en tout cas c’est l’impression qu’il donnent. Moi, suis collé. Dans un lacet du pied des Saisies, entre Beaufort et Hauteluce, c’est drôle, l’asphalte se liquéfie. Pas ma pugnacité. Je fais l’extérieur avec précaution. Les lacets à l’extérieur, est-ce le signe de l’escaladeur qui doute ou du cycliste encore lucide ? Voyez le temps qu’on peut avoir dans la montée d’un col pour, même, des questions métaphysiques. Une autre: si tu avais la chance de rouler sur un vélo Time gamme 2018, Endurance ou Altitude ?Je me souviens à peu près du temps que j’ai mis, Strava m’a dénoncé. Deux heures et quelques, pour les vingt bornes de Beaufort aux Saisies. Fichtre! Les cols de L’Étape du Tour seront moins longs mais plus pentus. Il faudra du mental, et pas mal de bornes de plus. Ne rien lâcher. Ce serait bête après cette jolie Time Megève Mont Blanc, juste placée là où il faut dans le calendrier pour être à l’heure le 8 juillet. Ou pas.

Photos Agence Zoom et Christophe Bougault.