L’Étape du Tour J-10: seul un chemin mène à Romme et c’est un foutu col !

L’Étape du Tour, la plus iconique des épreuves cyclistes de masse, célèbre en 2018 ses vingt-cinq ans. Sur le tracé musclé de l’Étape 10 du Tour de France, entre Annecy et Le Grand Bornand. Claude, l’un des fondateurs de routeandroots.com (et de L’Étape en 1993), s’est promis, tortue parmi les lièvres, de prendre le départ le 8 juillet et d’aller au bout. Pas gagné. Depuis décembre, il pose de temps en temps son vélo pour raconter.

Romme (oui, avec deux « m ») n’existe pas pour l’état civil. Enfin pas vraiment. Injuste. Parce qu’on va être près de quinze mille à faire des cauchemars de ce lieu et de ce qui le précède d’ici 8 juillet. Parce que le site, arrivé en haut du col éponyme (1297 m d’altitude qui pourraient prêter à sourire), est magnifique. Romme, Haute-Savoie, n’est qu’un hameau de Nancy-les-Cluses, le village niché quatre kilomètres en-dessous, et donc quatre cents mètres plus bas en termes de dénivelé, le 10% est la règle ici. Romme, charmante petite station de ski l’hiver, environnement d’une absolue quiétude l’été. Une fontaine qui sera prise d’assaut l’après-midi de L’Étape. Quelques vaches à l’alpage. Et une table, La Robloche, qui vaudra qu’un peu plus tard on s’y pose, à table.

Avant, c’est à l’ouvrage qu’il va falloir se coller. Romme sera et restera la dénomination d’un col. L’avant-dernier sur le tracé de L’Étape du Tour 2018, entre Annecy et Le Grand Bornand. Celui qui nous préoccupe le plus, peut-être à tort mais c’est ainsi. Le premier, Croix-Fry, sera vite oublié le 8 sur l’élan matinal et l’euphorie du départ en troupe. Le deuxième, les Glières, constitue certes une monstruosité, bitume tout neuf, très sombre, qui accentue encore la vision angoissante des pentes à venir, trop souvent entre 14 et 17% ; mais une fois là-haut, sur le plateau, on en sera au km 80, ça reste acceptable. Et le dernier, la Colombière, enchaînement diabolique après celui qui nous intéresse le plus, sera la dernière ascension avant de basculer sur le grand bonheur du Grand Bornand, et qu’au mental…Col de Romme donc, considéré à J-10 comme LE morceau. Qui sera abordé au bout de 130 kilomètres. 800 mètres de dénivelé pour 9 kilomètres, un replat à mi-pente lorsqu’on approche du village de Nancy et mille mètres tout doux pour finir : c’est dire les pentes le reste du temps. Romme valait donc la peine d’être découvert, quelle chance aux côtés d’un ancien champion du Tour de France, forcément de bon conseil. Au bout d’une heure de vallée, tranquille, rien à voir bien entendu avec ce qui nous attend le jour J. Juste une petite idée.

Premier kilomètre à la sortie de Scionzier et Cluses, premières rampes : tout à gauche ! C’est brutal, à aborder avec prudence si l’on peut, humilité en tout cas. Le temps parait long jusqu’au premier lacet sur la droite. Donc plus petit développement impératif, on pourra varier pourquoi pas un peu plus haut mais pas maintenant. Est-ce une forme de récompense ou le constat de ce qu’on vient déjà d’endurer ? En moins de deux kilomètres, le long de la route en corniche, la vue sur Cluses, en contrebas, est saisissante. Un Parisien éprouve le sentiment d’avoir gravi les deux premiers étages de la Tour Eiffel !Ensuite ? Gérer, sans se mettre en péril et ça n’est pas le plus facile. Rester concentré sur sa cadence et s’en tenir aux repères très utiles des panneaux kilométriques d’information cycliste. L’ascension compte 9000 mètres. Au panneau des 5 kilomètres, on va bientôt pouvoir souffler, la courte traversée de Nancy s’annonce. À celui des 4 kilomètres, méfiance, la route se cabre à nouveau, mauvais moment à passer. À celui des 2 kilomètres, c’est gagné, ne reste que mille mètres de vraie pente. On est d’accord, ça ne se passe pas aussi vite dans la vraie vie d’un cycliste épicurien mal préparé. Mais c’est passé cette fois.

Là-haut, la vue en surplomb des premiers lacets de La Colombière est grandiose. On y pensera plus tard. Un petit kilomètre de plat et on bascule à grande vitesse sur Le Reposoir et son monastère du carmel. Plus que sept kilomètres d’ascension trapue le 8 jour de L’Étape, donc, ici. On en aura déjà accompli trente-cinq, un quart de notre route. Y croire, oui, y croire encore et toujours. Remonter sur le vélo pour un autre col, le lendemain de cette reconnaissance. On ne sera jamais vraiment prêt, mais autant l’être un peu plus. Romme devra se faire en une heure, le 8 juillet.