BLOG L’Étape du Tour J + 1 Big challenge et immense bonheur

L’Étape du Tour, la plus iconique des épreuves cyclistes de masse, a célébré en 2018 ses vingt-cinq ans. Sur le tracé musclé de l’Étape 10 du Tour de France, entre Annecy et Le Grand Bornand. Claude, l’un des fondateurs de routeandroots.com (et de L’Étape en 1993), a pris, tortue parmi les lièvres, le départ le 8 juillet. Il est allé au bout. Depuis décembre, il a posé de temps en temps son vélo pour raconter. Dernier épisode, pari tenu.« Ce dimanche 8 juillet restera gravé dans votre mémoire à coup sûr! Vous avez relevé le défi, vous avez résisté au soleil, à la chaleur, lorsque les mollets brûlaient, lorsque le mental commençait à flancher. Vous avez tenu bon ! B-R-A-V-O ! Vous êtes allés au bout de vous-même pour vaincre la montagne. Vous avez ouvert la route de la plus belle des manières pour les coureurs du Tour de France qui suivront vos traces le 17 juillet. Vous pouvez désormais savourer avec fierté votre accomplissement. »

Joli mail reçu de l’organisateur, comme les 11733 autres « finishers » de L’Étape du Tour 2018, vingt-quatre heures après avoir coupé la ligne d’arrivée du Grand Bornand. Au bout de 170 kilomètres, quatre cols et douze heures de périple pour mon compte arrêts compris. Et dans une certaine euphorie, qui n’était pas uniquement liée à la grosse ambiance maintenue dans la belle et douce station de Haute-Savoie, dans l’attente du dernier d’entre nous. L’euphorie, quasi jusqu’aux larmes, m’a personnellement saisie vingt minutes plus tôt, au sommet de la Colombière. Pourtant précédé d’une marche d’un petit kilomètre. Ce n’étaient pas les mollets qui brûlaient mais les plantes de pied, en surchauffe depuis le plateau des Glières déjà, abordé en fin de matinée… Là on était en fin d’après-midi, quelle journée. Oui, envahi par un bonheur à pleurer, ou pesque.Mon Étape n’a donc pas été performance. Il n’en a jamais été question. Pas assez de kilomètres (environ 4000 tout de même depuis février), trop d’années et de kilos encore. Elle n’a pas été non plus randonnée, même si ma moyenne réelle d’Annecy au Grand Bornand, autour des 15 km/h, pourrait le laisser croire. Qu’existe-t-il entre les deux ? Le plus beau. La sensation unique d’un immense défi personnel enfin accompli. « Depuis le temps qu’on en parlait », aurait pu dire une amoureuse à l’écoute. Depuis le temps qu’on l’avait imaginé, cette épreuve. En 1993, il y a vingt-cinq ans, avec mes complices Jean-François Alcan et Jean-Paul Le Gall, à l’époque où j’étais rédacteur en chef de Vélo Magazine.

Un quart de siècle plus tard, la pratique du cyclisme en montagne est encore plus enthousiasmante (avec un épatant 34×32 inimaginable à l’époque, merci l’industrie du cycle), le spectacle des Alpes toujours plus beau. C’était tellement bon le 8 juillet d’expliquer à de jolies Américaines invitées par Trek que la rive Est du lac d’Annecy que nous étions en train de longer à près de 40 km/h avant Talloires était l’une des plus belles perspectives de France. Tellement bon de retrouver dans l’immense peloton l’ami « Lolo la Bracasse » avant le col de la Croix Fry puis sur les pentes du même col (et à vélo bien sûr) l’ancienne championne de ski, Isabelle Mir. Tellement bon de défier les pentes infernales des Glières un peu plus loin, et de déflorer le chemin « gravel » du plateau chargé de tant d’histoire, neuf jours avant que les champions du Tour de France n’y soit surpris, peut-être, par la caillasse et la poussière.Là, déjà, j’ai retenu les pédales. Peur de la suite. De ne pas retrouver le prochain ravitaillement, des 80 kilomètres encore à venir avec, tout au bout, le col de Romme et celui de la Colombière à partir du Reposoir, deux sacrés morceaux. Le vent avait beau être avec nous jusqu’à Cluses, cette prudence a eu un coût : le temps. Surtout lorsqu’on l’entretient, toujours la crainte de la suite, sur les pentes surchauffées du col de Romme. Là, l’horloge a tourné. Rigolo : sur le beau bitume, refait à neuf pour le passage du Tour, de la Colombière, je me suis demandé pourquoi j’avais tergiversé à ce point ? Bientôt, des semelles en feu m’ont rappelé à l’ordre. Non, je ne suis pas arrivé épuisé au Grand Bornand, au bout de moi-même. Au bout de L’Étape du Tour m’a suffi. Pas certain que j’aurais pu aller plus vite. À quoi bon d’ailleurs ?  Big challenge et immense bonheur, c’était bien.