Cinq routes secrètes au nord du Mont Ventoux

Le Mont Ventoux

Un séjour cycliste autour du mont Ventoux offre bien d’autres trésors que les ascensions des deux faces « sacrées », sud et nord, du Géant de Provence. Entre Drôme et Vaucluse, moyenne et petite montagne des Baronnies provençales et vignobles des Côtes du Rhône méridionales, voici cinq routes vélo secrètes et attractives. Les distances proposées, entre 60 et 100 km, et leurs dénivelés, de 1 000 à 1 650 m, permettent également de se préparer au mieux au défi du Ventoux. Ou consolent d’y renoncer cette fois, c’est selon.

PAR NYONS, COL DE PROPRIAC ET COL D’EY : LA BARONNIES CLASSIC

70 km, D+ 1 000 m, départ de Nyons.

L’itinéraire sur Strava.

Dans les vignes de Puyméras, avant le col de Propriac.

À vélo : si on s’installe à Nyons (très bon choix), ce tracé est idéal pour une prise de contact avec les Baronnies provençales. Distance raisonnable, deux cols faciles si on emprunte la boucle par Buis-les-Baronnies dans le sens antihoraire : Propriac (526 m), 6 km en douceurs et deux paliers, avant et après Mérindol-les-Oliviers, puis Ey (718 m), à peine plus revêche, 8 km, quelques pentes à 7 %. Dès les coteaux de Nyons, on roule entre oliviers, vignobles et garrigue, le Ventoux dans le viseur. Pas de doute, nous sommes bien aux portes de la Provence ! Après Buis, on se rafraîchit l’été dans les gorges d’Ubrieux, également site d’escalade. Au sommet du col d’Ey, descendre par la D162, sur Les Granges, afin de profiter davantage encore des panoramas sur la superbe vallée de l’Ennuyé et ses champs de lavande. Retour tranquille par Sainte-Jalle, puis Curnier.

Pied à terre : terroir de l’olive noire et des Côtes du Rhône méridionales, les Baronnies sont également un pays de truffe, célébrée chez Plantin, à Puyméras. À Buis, c’est le tilleul qui est roi. En juin, l’odeur suave de « l’arbre à miel » envahi le village et ses alentours, où on a jadis compté trente-mille tilleuls et assuré les deux-tiers de la cueillette en France. La maison Laget, installée au cœur du village, place… aux Herbes, assure l’héritage. À Nyons, vieille ville médiévale à l’italienne (s’y perdre) et capitale de la Tanche, must de l’olive noire, ne pas résister à l’appel du moulin Dozol, près du Pont roman, boutique où l’on est invité à déguster différents « crus » d’huiles d’olive tels le vin.     

DE NYONS AU COL DE SOUBEYRAND, DANS LA ROUE DE BARJAVEL

95 km, D+ 1 350 m, départ de Nyons. 20 km de moins en partant de Rémuzat ou de Curnier.

L’itinéraire sur Strava.

La vallée de l’Ennuyé, du sommet du col d’Ey, en face celui de Soubeyrand.

À vélo : le dénivelé, autour de 1 350 m, montre les multiples options qu’offre la moyenne montagne des Baronnies, sans qu’on dépasse les 100 km. Le col de Soubeyrand est le point d’orgue de ce tracé. Il bascule de la vallée de l’Ennuyé aux gorges de l’Eygues, affluent du Rhône. Son ascension par Saint-Sauveur-Gouvernet est relativement longue (8 km) et d’un pourcentage moyen (5 %) en trompe l’œil, pas mal de rampes à 7 et 8 %. Aucune ombre sur ce versant, en tenir compte en franchissant à l’économie les cols d’Ey (5,5 km à 5 % par Sainte-Jalle) et de Peyruergue (4,5 km à 5 % par la vallée de l’Ouvèze) qui précèdent. La partie est gagnée au sommet de Soubeyrand : 8 km de plongée sur Rémuzat, puis 25 km de faux-plat descendant dans les gorges de l’Eygues notamment, superbes autour de Saint-May.

Pied à terre : de Nyons, où un circuit pédestre lui est dédié qui passe notamment par sa maison natale, rue Gambetta, au petit cimetière de Tarendol, sur les pentes du Soubeyrand, où il est enterré face au mont Ventoux, ce tracé célèbre la mémoire de René Barjavel. Auteur et romancier majeur du 20e siècle, Barjavel a été le précurseur de la science-fiction en France. Son Ravage, publié dans les années 1940, est saisissant d’anticipation. Entre les deux, au pied du col d’Ey, le domaine La Rosière propose à Routas une production vinicole en culture biologique et biodynamie remarquable. Au-dessus des gorges de l’Eygues, la réserve de vautours de Rémuzat, rocher du Caire, lieu de nidification des rapaces, offre un spectacle rare. Elle est accessible depuis le joli village perché de Saint-May, précédé (à la sortie du tunnel, sur la droite) de la belle cascade du Trou du Bœuf.

MONTBRUN-LES-BAINS, COLS DE PERTY ET SAINT-JEAN : LA ROUTE DE LA LAVANDE

80 km, d+ 1 650 m, départ de Montbrun-les-Bains.

L’itinéraire sur Strava.

Le village perché de Montbrun-les-Bains, repère dans les Hautes-Baronnies.

À vélo : attention, boucle musclée au cœur des Hautes-Baronnies ! Elle est parfaite dans le sens horaire, au départ du superbe village-citadelle de Montbrun-les-Bains, les pentes des quatre cols proposés plus douces qu’à rebours. Le premier, Aulan, constitue un échauffement parfait le long du Toulourenc : à peine plus de 4 km jusqu’à 846 m, entre 3 et 5 %. Le col de Perty qui suit, au-dessus de la vallée de l’Ouvèze, est le plus long : 12 km jusqu’à 1 302 m d’altitude, 5 % de moyenne et quelques pentes jusqu’à 8 %, vue exceptionnelle sur les massifs des Hautes-Alpes au sommet. Après la descente par Laborel, on enchaîne avec le col Saint-Jean, court (5,5 km) mais portions entre 8 et 10 %, jusqu’à 1 159 m. On en termine par le facile col de Macuègne (1 068 m), 4 km à 5 % après Séderon. Ce tracé s’accomplit dans un paysage extraordinaire lors de la floraison de la lavande, champs à perte de vue. Son parfum se mêle en bord de route à ceux de thym et de romarin. Sublime.

Le col de Perty, le plus élevé des Baronnies, à plus de 1 300 m d'altitude.
Au sommet du col de Perty, les massifs des Hautes-Alpes à l’horizon.

Pied à terre : Jean Giono, romancier français majeur du 20e siècle (il faut avoir lu Les âmes fortes), venait à vélo de Manosque pour rendre visite à un ami, propriétaire du château d’Aulan, sur les pentes du col, et dormait parfois à l’hôtel des Voyageurs de Montbrun-les-Bains ! Le vieux village (perché) de Montbrun est considéré comme l’un des plus beaux de France avec ses maisons jusqu’à sept étages, sa place du Beffroi et ses « calades », rues pavées typiques. Et pourquoi pas une halte à l’établissement thermal de Montbrun, en fin de journée, pour mieux repartir le lendemain ?

DE MALAUCÈNE PAR LES COMBES, UN VENTOUX MÉCONNU

70 km, D+ 1 000 m, départ de Malaucène.

L’itinéraire sur Strava.

Une option en cours de route : couper par Brantes.
À mi-parcours, on peut aussi choisir de passer par le village de Brantes.

À vélo : cette boucle à la limite de la Drôme et du Vaucluse, en lisière des Baronnies, propose une expérience rare. L’imposante silhouette du Ventoux se situe en permanence au-dessus de soi, mais par les routes méconnues des combes, au nord du Géant de Provence. De Malaucène, on ne s’engage pas comme tous les candidats à l’ascension du monstre sur la D174, mais sur la plus modeste D242, pour un warm up tonique jusqu’à Veaux, km 12, et les gorges du Toulourenc. Là, direction plein est, par la D40, route panoramique de la vallée du Toulourenc, au plus près des combes créées par la faille tectonique, 1 500 m sous le « chapeau calcaire » du Ventoux. La route serpente en larges courbes et montée agréable (5 km à 5 %) avant de plonger sur Saint-Léger-du-Ventoux. À Savoillan, km 33, ou juste avant à Brantes si on veut, quasi demi-tour pour la D41, au-dessus, et l’ascension très douce des cols d’Aires (648 m) et son jumeau Fontaube (635 m). La descente de ce dernier est technique. Retour par la D5 après Cast.

Pied à terre : les points de vue sur le Ventoux sont bluffants entre le pont du Toulourenc, km 12, et Brantes, km 30. Dans un décor de vignes et d’abricotiers, les silhouettes des châteaux de Mollans et d’Entrechaux en imposent au retour. Km 45, s’offrir un léger crochet par Plaisians pour son (très) étroit passage de la Clue. À Malaucène, prendre la route du Ventoux sur moins d’1 km, jusqu’à la source du Groseau et sa chapelle.

VAISONS-LA ROMAINE, CÔTES DU RHÔNE ET DENTELLES DE MONTMIRAIL

60 km, D+ 1 000 m, départ de Vaisons-la-Romaine.

L’itinéraire sur Strava.

Vaisons-la-Romaine, Vaucluse, France.
Comme un symbole, s’élancer pour le tour des Dentelles de Montmirail du pont Romain de Vaisons.

À vélo : le tour des Dentelles de Montmirail, curiosité géologique située à l’ouest du mont Ventoux, paradis du VTT et de l’escalade, s’apprécie davantage, pour ses points de vue, dans un sens antihoraire. On y rencontre deux atmosphères bien différentes. Les vignobles des côtes du Rhône dans un premier temps, versant ouest, de Séguret (à aborder par le haut) à Beaumes-de-Venise, par Gigondas et Vaqueyras. Un terrain plus escarpé ensuite, à l’est, pour monter au Barroux puis au col de la Chaîne, avant et après Suzette, 3 puis 2 km entre 7 et 9 %. Avant Suzette, on est face aux Dentelles et à son sommet, la crête de Saint-Amand (722 m). En gravel, on peut rejoindre Gigondas à Beaumes par les hauteurs, le hameau de Montmirail et le col d’Alsau.

Panorama sur les Dentelles de Montmirail.
Quand la silhouette des Dentelles de Montmirail émerge des vignobles de Gigondas.

Pied à terre : à Vaisons, partir du pont Romain, au pied de la cité médiévale et du château comtat. Outre la variété des paysages, les veilles pierres constituent l’attrait de l’itinéraire. Les châteaux de Séguret, de Gigondas et du Barroux sont remarquables. Deux stops obligatoires pour un selfie : avant Gigondas, km 13, devant les falaises les plus identifiables des Dentelles, et à La Roque Alric, km 35. Pour les épicuriens, privilégier une dégustation au château de Saint-Cosme (avant de traverser Gigondas) ou au domaine Saint-Roch à Beaumes-de-Venise, km 22, direction Aubignan.

Itinéraires validés par Claude Droussent en mars 2021.

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